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1737 - Thionville "Agnès de Bock vend sa maison..."

Publié le par Persin Michel

"Aujourd'huy 25 avril 1737, moi noble Agnés de Bock (1), veuve du défunt monsieur Estienne Hue de Saint-Rémy (2) en son vivant, escuyer, seigneur d'Inglange, de la Petite-Hettange et autres lieux, lieutenant général civil et criminel du bailliage et siège royal de cette ville, dame d'Inglange, de Petite-hettange et autres lieux, demeurante en cette ville de Thionville, ne me trouvant point en état de rétablir la maison qui m'appartient en cette ville, provenant et acquise de defunt George de Clémery (3) et dans laquelle réside actuellement monsieur et madame Dethier (4).

Le toit de même que les murs, planches, vitres, portes sont absolument hors d'état de servir, c'est pourquoi, après une délibaration du consentement et à l'assistance de Catherine et Suzanne de Saint-Rémy (5), mes deux filles, j'ai par les présentes vendu, cédé, quitte et abandonne pour moi et les miens, dès maintenant à toujours, irrévocablement et à jamais en tous droits de propriété, fonds et tréfonds au sieur Guillaume Oger Dethier, escuyer, brigadier des armées du Roi demeurant en cette ville et a dame Catherine de Bock son épouse que le sieur Dethier autorise à l'effet des présentes et acceptant pour eux et les leurs, la maison qui m'appartient située rue de la vieille porte, régnante au midi sur ladite rue et au septentrion aboutissant sur les remparts de cette ville, le nommé Cosse et la dame Coussidon au levant d'une part et le sieur Louis Fringan (6), conseiller au bailliage de cette ville, au couchant d'autre part et dans laquelle la famille Dethier réside actuellement. La vente se fait avec tout ce que contient la maison sans en rien excepter, ni retirer. Cette présente vente a été faite de la maison qui est franche et quitte de tous cens, rentes, dettes et hypothèques pour la somme de 10.000 livres tournois (6) de prix principal. Ladite somme de 10.000 livres tournois m'a été comptée et réellement délivré en bonnes espèces d'argent sonnant en écus de 6 livres (7) dont je tiens contente et satisfaite et quitte sans qu'il soit besoin d'autre quittance que la présente.

En foi de quoi, je subroge lesdits sieur et dame Dethier en mon lieu et place, consentant qu'ils entrent dès à présent dans la pleine, réelle et actuelle propriété, possession et jouissance de ladite maison avec promesse de la leur garantir, fournir et faire valloir la présente vente envers et contre tous à toujours de tous troubles, évictions et empéchement à l'exception des faits du Roi sous obligation de tous mes autres biens meubles et immeubles présents et futurs et comme Catherine et Suzanne de Saint-Rémy, mes filles, sont encore mineures, je m'engage à leur faire ratifier la présente vente quand elles seront majeures. De même qu'en cas de mariage par leurs futurs époux au bas des présentes sans autre formalité en foi de tout quoi j'ai signé les présentes, que j'ai de même fait signer à mes deux filles et mis au bas le cachet de mes ames et aussi le sieur et dame Dethier signe avec son épouse et met le cachet de leurs armes au bas des présentes.

A l'instant, j'ai remis au sieur Dethier et à sa dame, tous les titres et papiers concernant ladite maison au nombre de 162 pièces parmi lesquelles, il y a plusieurs pièces de plusieurs feuillets qui sont cotés de la marque Bock de Saint-Rémy".

Fait en double entre nous à Thionville le 25 avril 1737."

Les signatures

Les signatures

Les cachets armoriés

Les cachets armoriés

(1) Agnés Marguerite de Bock :

Elle est née le 14 octobre 1682, elle a donc 55 ans lorqu'elle vend cette maison. Elle est mariée à Etienne Hue de Saint-Rémy, seigneur d'Inglange, de Petite Hettange et autres lieux, il est lieutenant général civil et criminel au bailliage de Thionville, il est déjà décédé le jour de cette vente.

Elle aura 2 filles: Catherine Hue de Saint-Rémy et Suzanne Hue de Saint-Rémy.

Son père était Jean Nicolas de Bock, chevalier, seigneur d'Algrange né le 20 février 1648 qui d'origine Luxembourgeoise, région d'Arlon aujourd'hui en Belgique, se fit connaître en France et reçu des lettres patentes enregistrées au parlement de Metz le 25 février 1723.

Sa mère était Agnés Marie Scharff, une importante famille de Thionville.

Elle avait aussi plusieurs frères et soeurs: Etienne, François, Marie Elisabeth et Catherine impliquée dans cette vente. Tous firent de très bons mariages et occupèrent des emplois prestigieux.

La famille de Bock est une famille qui possède de nombreuses métairies dans les villages autour de Thionville, comme à Volkrange, Elange ...

 

(2) Etienne Hue de Saint-Rémy :

Il est né en 1670 à Thionville, comme son père Claude François Hue de Saint-Rémy, il deviendra  lieutenant général civil et criminel au bailliage de Thionville. Ils furent seigneurs d'Inglange, Petite Hettange et possèdaient de nombreuses propriétés dans toute la région.

Sa mère était Marie Thérèse de la Cour. Son père est mort à 39 ans à Thionville et fut inhumé dans la chapelle Notre Dame des Augustins.

 

(3) George François de Clémery :

Descendant d'une famille de Lorraine anoblie par Charles IV en 1653. Il était seigneur d'Inglange et de Petite Hettange et lieutenant général civil et criminel au bailliage de Thionville.

 

(4) Guillaume Oger de Thier (orthographié ici Dethier):

Anobli en 1722 par Louis XIV, chevalier de Saint Louis, brigadier des armées du Roi, il terminera sa carrière comme maître de camp de l'infanterie. Il était originaire de Maastricht. Il fut très contesté par les historiens qui le disent habile à se faire valoir et à "augmenter" ses exploits guerriers et ses origines. Il eut 2 fils qui furent capitaines au régiment de Languedoc et 1 fille qui fut religieuse à la visitation à Metz.

Il était donc marié à Catherine de Bock, née le le 17 juillet 1689 à Thionville, soeur d'Agnés Marguerite de Bock.

 

(5) Catherine de Bock :

Fille de d'Agnés Marguerite de Bock et d'Etienne Hue de Saint-Rémy, mariée à Joseph de Sancy, seigneur de Malavillé, chevaleir de Saint-Louis et lieutenant colonel du régiment de Penthièvre.

Suzanne de Bock :

Fille de d'Agnés Marguerite de Bock et d'Etienne Hue de Saint-Rémy, mariée à François Théodore de Gargan du Chatel, écuyer, chevalier de Saint-Louis etlieutenant colonel du régiment de Montmorin.

 

(6) Louis Fringan :

Conseiller du Roi au bailliage de Thionville.

 

 

(7) 10.000 livres tournois:

Somme assez considérable pour l'époque surtout si l'on considère que la maison est décrite comme en très mauvais état.

Par exemple, une belle maison à la campagne valait en 1788 environ 1400 livres et une maison de campagne rustique avec son verger valait 270 livres en 1767.  Même ne tenant compte du doublement de la valeur de l'écu entre 1690 et 1730, ce prix reste toutefois élevé.

Maintenant, on ne connaît pas l'importance de la maison, ni son contenu car la maison est vendue meublée et équipée. La rue de la vieille porte était à cette époque habitée par des notables, pas les plus riches, car ceux-ci habitaient de préférence aux alentours direct de la cour du château et de l'église Saint-Maximin. Les rues qui se trouvaient plus éloignées du centre comme la rue de l'hôpital ou la rue du four banal étaient "réservées" aux habitants moins fortunés, commerçants et artisans.

NB: La livre tournois était une monnaie de compte et n'existait pas en tant que pièce de monnaie.

 

(8) Ecu de 6 livres :

Vers 1690, cet écu dit  "écu blanc" valait 3 livres et 6 sols, toutefois dix ans plus tard, il valait 5 livres puis rapidement, il monta à 6 livres et le resta jusqu'à la révolution où il fut remplacé par la pièce de 5 francs (Hercule)

Brigadier du Roi

A l'origine, ce titre n'était pas un garde de l'armée, mais vers 1667, dans les guerres incessantes du roi soleil, on créa cette fonction qui consistait à porter les ordres dans les divers bataillons qui étaient engagés. A cheval, le brigadier galopait d'une brigade à une autre, passant les ordres. L'armée s'en trouva plutôt satisfaite, on créa donc ce grade dans les différentes armes où ils purent progresser dans la hiérarchie militaire.

 

Sources ADM Hennequin  3E7748

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2013 -2014 Thionville miscellanées

Publié le par Persin Michel

Bonjour à tous,

 

Certains m'ont demandé d'avoir sous forme papier, l'ensemble des articles parus sur le blog depuis le début soit de janvier 2013 jusqu'à décembre 2014.

 

Aujourd'hui, c'est possible sous la forme d'un livret de 81 pages, au format A4, contenant 33 articles touchant à de multiples aspects de l'histoire de Thionville ou des villages alentours.

 

Ce livret est consultable gratuitement aux Archives Municipales de Thionville.

 

Vous pouvez aussi vous le procurer pour 15€ franco de port en me laissant un message par la messagerie du blog et en me donnant votre adresse.

 

 

 

 

Couverture du livret - Format A4 - 81 pages - Illustrations couleurs.

Couverture du livret - Format A4 - 81 pages - Illustrations couleurs.

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1739 - Les pauvres, mendiants et invalides...

Publié le par Persin Michel

1739 - Les pauvres, mendiants et invalides...

Quand tous nos médias confondus, nous montrent le sort malheureux de nos pauvres, sans domicile fixe et invalides et les moyens que nous mettons en oeuvre pour essayer de gérer au mieux ces situations, il peut être intéressant de regarder comment sous Louis XV, on traitait ces mêmes problématiques.

Voici par exemple, un arrêt de la cour, paru le 18 avril 1739 et applicable à Metz et n'en doutons pas, dans beaucoup de villes du royaume.

 

Extrait des registres du parlement de Metz.

"Arrest de la cour qui ordonne aux pauvres étrangers de sortir de la ville, défend aux pauvres valides d'y mendier et enjoint aux pauvres invalides de la ville de faire leurs déclarations"

 

"A la requête présentée par le Procureur Général du Roy:

Contenante que depuis quelque tems la ville se rempli d'étrangers qui vivent sans bien, sans profession et sans travail: les uns se livrant au libertinage et à tous les crimes dont la fainéantise jointe à l'indigence, n'est proprement que l'école et l'exercice, y répandent la contagion des moeurs corrompues qu'ils y ont apportées, et qui les ont peut-être forcé d'abandonner les lieux de leur naissance et leur domicile: de là cette multitude et de filles prostituées, qui après avoir causé de plus grands maux que ceux qu'elles peuvent souffrir, pourrissent dans les prisons, à défaut de maison de force; d'enfants qu'on expose tous les jours et qui épuisent une grande partie des revenus de l'hôpital: les autres mettent leur ressource dans la mendicité, qui leur fournit souvent au-delà du nécessaire et de quoi s'entretenir dans la débauche. Ceux-cy enlèvent les aumônes publiques et particulières qui devraient être portées dans le sein des vrais pauvres, si une charité plus éclairée se donnait le tems de démêler dans la foule des citoyens, qui par la caducité de l'âge et les maladies se trouvent hors d'état de pourvoir à leur subsistance par le travail et méritent compassion de leur concitoyens qui sont chargés d'en prendre soin.

Ces désordres ne peuvent cesser qu'en prenant, suivant l'esprit des ordonnances, des mesures efficaces pour écarter absolument les pauvres étrangers et réprimer ceux de la ville qui sont en état de travailler; les uns et les autres environnez d'ouvrages à faire, et d'ouvriers de toute espèce, qui offrant des salaires tout prêts, demandent des bras et du secours, ne peuvent donner pour prétexte de leur fainéantise et de leur mendicité, qu'ils ne trouvent ny matière à s'occuper, n'y gens qui veuillent les employer.

Requéroit à ces causes, le Procureur Général du Roy, être ordonné que dans huitaine du jour de la publication de l'arts, tous les mendiants valides et invalides de l'un ou l'autre sexe qui ne sont pas nés en cette ville, qui n'y ont pas été établis par mariage, ou qui n'ont pas été reçu bourgeois par les officiers de l'hôtel commun, ensemble les pauvres étrangers qui sans être mendiants vivent dans profession et sans travail, seront tenus de sortir de la ville, avec défense d'y entrer en aucun tems, à peine contre ceux qui resteront ou qui rentreront après le délay expiré, d'être punis comme vagabonds et gens sans aveu, dans toute la rigueur des déclarations des 12 octobre 1686, 25 juillet 1700 et 27 août 1701.

Défenses être faites aux pauvres nés dans la ville ou reconnus bourgeois qui peuvent travailler de mendier en aucun tems dans les rues et dans les églises, à peine de 2 mois de prison dans les cachots pour le première fois et être traités en cas de récidive, comme vagabonds et gens sans aveu: Et en ce qui concerne les pauvres de la ville qui ne sont pas en état de travailler, être ordonné que dans le même délay de huitaine, ils seront tenus et dans la suite ceux qui se trouveront réduit au même état, de se présenter par-devant les officiers de police, pour y faire chacun déclaration de leur Noms, Surnoms, Aage, infirmités et demeures, à peine contre ceux qui n'y auront pas satisfait et qui seront trouvés mendiants, de 2 mois de prison dans les cachots, pour les déclarations communiquées être requis ce qu'au cas appartiendra. Défenses itératives être faites à toutes personnes, à peine de 100 livres d'amende payable par corps, de recevoir dans leurs maisons aucuns pauvres étrangers, être ordonné, sous les mêmes peines, que tous cabarêtiers, hôteliers et bourgeois, qui logent des étrangers ou qui en recevrons dans la suite, seront tenus, outre les déclarations qu'ils doivent faire au bureau établi à cet effet, de les réitérer entre les mains du substitut au siège de la police et dans le tems prescrit par l'arrêt rendu pour la police générale le 10 septembre 1733, lequel au surplus sera exécuté suivant la forme et teneur, pour ce qui regarde les étrangers: être enjoint aux sergents des pauvres d'arrêter et constituer prisonniers tous les pauvres qui contreviendront à l'arrêt et aux commissaires de police de tenir la main à son entière exécution.

La dite requête signée Josse, pour le procureur général du Roy, pièces jointes à icelle: Oüy le rapport de M. Louis Comte de Grozyeux, conseiller."

Ensuite l'arrêt fait une récapitulation des décisions ci-dessus pour publication et mise en application. Signé de Brouet.

(Texte conforme à l'original)

Quatre mendiants au pont au change (Gravure de Marlet du 19ème siècle)

Quatre mendiants au pont au change (Gravure de Marlet du 19ème siècle)

Il faut savoir que la pauvreté s'est fortement accrue dans le courant du 17ème siècle. Les bourgeois et la population générale des villes de france et même de la campagne où existait des hordes de vagabonds se plaignait amèrement de cet état de fait. On créa alors des maisons de force et des hôpitaux pour les pauvres, hôpitaux qui n'avait rien de médical, simplement, ils apportaient un secours aux pauvres, souvent d'ailleurs ces secours étaient réservés aux pauvres de la ville ou des communes voisines, c'était le cas à Thionville où pendant une période, les secours étaient portés au domicile des indigents.

Globalement, la politique était à l'enfermement de ces mendiants, ainsi à Paris, il y avait au 17ème siècle, plus de 6000 personnes, dans les diverses prisons et hôpitaux qui souvent n'étaient que des "prisons"

En fait le 18 juillet 1724, on créa de nombreux hôpitaux généraux dans toutes les villes du royaume. Mais cette nouvelle organisation ne porta pas ses fruits, car malheureusement la pauvreté allait croissante et c'est la révolution de 1789 qui en rendant les hommes "égaux entre eux" mis en avant la notion de solidarité nationale. Solidarité qui avant la révolution était pratiquement réservée à l'église et à la charité.

On créa des bureaux de bienfaisance dans pratiquement toutes les villes, destinés à apporter de la nourriture aux pauvres, des "restaurants du coeur" bien avant l'heure !

Mais là aussi, ce fut un échec car rapidement, ces bureaux de bienfaisance furent débordés et incapables de servir tous les indigents.

A Thionville, il existait déjà un hôpital des bourgeois en 1332 qui sera appelé "hôpital des pauvres" et qui aura toujours du mal à fonctionner malgré les divers biens qu'il avait reçu souvent en franchise, des différents souverains dont dépendait la ville.

Cet hospice se situait à l'emplacement du beffroi, puis une maison fut achetée dans la rue actuelle de "l'ancien hôpital" et en 1718, on construisit au même emplacement un hospice qui resta en activité jusqu'à la révolution.

Nous verrons dans un article à venir, l'histoire plus détaillée, de cet hospice des pauvres de Thionville.

Au final, aujourd'hui la problématique reste entière et la solution encore à trouver.

 

Sur le sujet on peut consulter:

Mendiants et policiers à Paris au XVIII siècle par Christian Romon - 1982

 

 

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